La pandémie a été l’occasion de voir de tout sur les réseaux, des querelles politiques au sujet des municipales à la propagande de l’ambassade de Chine, en passant par les analyses percutantes sur les effets populistes de la crise. Le confinement n’a fait qu’amplifier une peur et une colère déjà engendrées par un contexte politique, économique, social et environnemental pas bien jojo, et ça s’est vu en ligne.

La situation a touché le fond après le déconfinement : les yaka-fokon en réaction à la gestion de la crise sanitaire et les envolées lyriques sur le monde d’après laissaient place à la course au plus woke à grands renforts de carrés noirs.

À force de lire des platitudes enrobées d’hystérie à longueur de journée, il me prenait d’en écrire aussi. Le monde entier devait savoir que Gérard Larcher est un con ! Mais j’allais choper la cerise alors que j’étais à court de Xanax.

Attention, mesdames et messieurs…

Bill Gates n’a pas créé un virus pour contrôler la population mondiale, mais Mark Zuckerberg a embauché des designers pour capter votre attention au maximum. À ce sujet, regardez les conférences de Tristan Harris, ex-éthicien du design chez Google, et le Center for Humane Technology qu’il a fondé.

Harris détaille comment les plateformes sont conçues pour maximiser le temps passé sur chacune d’entre elles, que ce soit avec des puits sans fond de contenu ou d’inutiles streaks (l’Académie française n’a pas encore décidé d’un mot franco-français pour désigner une série ininterrompue d’échanges quotidiens sur Snapchat).

Même en étant conscient de cette manipulation à grande échelle, notre cerveau de primate ne fait pas le poids. Vous réduirez ou arrêterez difficilement les réseaux sociaux par la volonté seule. Pour résoudre cette situation acratique, je me suis donc imposé une pause de réseaux sociaux en virant Facebook, Instagram, Reddit et Twitter de mon téléphone et de mon PC.


Telle une traversée du désert, ma pause a duré 40 jours, durant lesquels j’ai appris quelques choses.

Vous allez devoir vous recâbler.

J’avais l’habitude de regarder mes réseaux quand j’avais un moment de libre, et avec le confinement (puis les vacances qui ont suivi), j’ai eu beaucoup de moments de libres. Je n’ai pas compté le nombre de fois où j’ai allumé mon téléphone pour aller checker Twitter pour finalement me rendre compte que ce n’était pas possible.

Le premier réflexe c’est d’aller vérifier des applications un peu nulles à la place, comme la météo. Je me suis assez vite rendu compte que j’allumais souvent mon téléphone pour ne rien faire, et j’ai rapidement arrêté d’aller voir quelle heure il était à Montréal.

Vous ne manquerez à personne.

Je peux compter sur les doigts d’une main le nombre de personnes qui se sont aperçues de mon absence. Le désintérêt réciproque entre nombre de mes followers (pardon, acolytes des illustres) et moi-même est criant.

Vous serez mieux informé.

L’information sur les réseaux sociaux se résume souvent à un lien sur Twitter dont on ne lit pas l’article ou une vidéo de 10 secondes sur Instagram. Dès lors, c’est assez facile d’entretenir l’idée selon laquelle on est très bien informés.

Mes habitudes ont changé en m’exposant un peu plus aux médias traditionnels (au premier rang desquels la radio, surtout via les podcasts). J’ai aussi ressorti les flux RSS des années 2000 pour suivre des médias en ligne ailleurs que sur Twitter.

Votre santé mentale s’en portera bien mieux.

En plus d’entretenir l’illusion d’être au courant de ce qui se passe minute par minute aux quatre coins de la planète, les médias sociaux nourrissaient une anxiété déjà présente que la situation amplifiait. La coupure m’a fait un bien fou, mentalement.

Les occasions de s’exaspérer de nos dirigeants ou concitoyens ont également été nombreuses pendant le confinement. Si l’indignation est votre source de motivation, prenez conscience que c’est le fonds de commerce d’un certain nombre de médias qui pullulent dans vos fils d’actualité, et ça marche très bien pour vendre de la publicité.

Mais alors, pourquoi revenir ?

Force est de constater que les réseaux sociaux n’ont pas que des côtés sombres. C’est quand même bien utile dès qu’il s’agit de trouver une colocation dans une capitale européenne. Mais il y a aussi du contenu que m’intéresse, des gens que j’aime lire et que je ne pourrais pas trouver ailleurs.

Prendre conscience du problème est le premier pas, mais ça ne suffit pas. J’ai essayé donc de mettre plusieurs stratégies en place :

  • mes notifications sont désactivées pour les réseaux sociaux, et silencieuses pour mes mails et la plupart des messageries instantanées
  • j’ai épuré mes abonnements Instagram et Twitter, en particulier des comptes qui ne sont pas des humains, et ces gens que j’ai croisés trois fois en 2014
  • limiter le retweet de l’outrage ; ça vaut probablement autant pour les indignés que pour les cyniques
  • privilégier d’autres plateformes : je m’essaie à écrire un billet, mais je ne suis pas sûr que ça devienne une habitude.

Les mérites sont multiples : les algorithmes ne me dérangent plus inopinément, je lis moins de contenu que je n’ai pas envie de lire, j’ai libéré du temps et de l’énergie pour des choses que je voulais faire et que j’avais passées à la trappe en deux mois de quarantaine. Après un confinement où l’essentiel des activités et relations sociales a été virtuel, ce rappel à la vie réelle fut salutaire.

La solution nucléaire reste encore de supprimer ses comptes, mais je reste pour l’instant de l’avis que le problème relève plus de notre connexion permanente que des médias sociaux qui savent l’exploiter.

Bref, c’est une expérience que je vous invite à faire, et qui vous apprendra sûrement beaucoup sur vos comportements.